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Le Grand Voyage des enfants de Pierrefitte

Affiche conservée aux archives municipales – 2 Fi 3282

Pour les protéger des bombardements, les enfants des écoles sont envoyés à la campagne dès la fin de l’été 1939. Un an plus tard, l’invasion allemande les plonge dans l’angoisse des bombardements et de l’exode.

Une évacuation soigneusement préparée

En 1938, la France craint le retour de la guerre. La Préfecture de la Seine prépare déjà l’éloignement de sa population civile en cas de mobilisation. L’Eure-et-Loir est désigné comme département d’accueil pour les Pierrefittois et des titres de transport sont prêts à être distribués aux plus démunis. Les enfants des écoles font l’objet de mesures spécifiques. Une liste est dressée « des enfants confiés [par leurs parents] à la direction de l’enseignement en cas d’évacuation ».

La vie de château en Eure-et-Loir

Le 30 août 1939, sur 1850 élèves scolarisés à Pierrefitte, près de 200 partent vers Dreux avec plusieurs enseignants et du personnel de service. Ils sont hébergés dans des écoles et collèges de la ville. Dans les semaines suivantes, certains des enfants rejoignent leur famille. Il reste toutefois 80 petits Pierrefittois qui sont conduits le 10 octobre 1939 au château d’Abondant. La propriété est en effet mise à disposition par ses propriétaires, les barons Jules et Pannonica de Koenigswarter. Les filles dorment dans les dépendances « qui, sans exagération, valent […] les meilleurs hôtels parisiens » d’après le rapport rédigé en septembre 1939  par une délégation municipale envoyée en Eure-et-Loir (à lire ici). Les garçons logent quant à eux dans la salle de bal de l’hôtel Saint-Pierre, transformée en dortoir. La mairie achète 100 lits et paillasses, envoie des livres et des fournitures scolaires (cliquer  sur chaque objet pour en découvrir la liste) et collecte auprès des familles des vêtements supplémentaires.

Sous les bombes

Presque une année se passe. Dans les archives de la ville, il faut attendre juin 1940 pour avoir des nouvelles de la petite colonie. À Pierrefitte, la population vit alors au rythme des rumeurs et des peurs suscitées par l’avancée allemande et la déroute de l’armée française. De nombreux habitants se jettent sur les routes de l’exode. C’est seulement le 10 juin que des parents rapportent d’Abondant des lettres inquiètes des enseignants qui réclament l’évacuation. Ces derniers écrivent : « La grosse escadrille qui a bombardé Dreux après-dîner nous a réservé un chapelet de bombes. Nous avons compté 18 entonnoirs. L’une d’elle a endommagé le miroir d’eau du château. Un mur est démoli. Les feuillages sont hachés. […] Les enfants n’ont pas dormi ».

Départ en Corrèze

Les bombardements reprennent au matin. Dans l’après-midi, le groupe finit par se réfugier pendant 4 heures dans le bois voisin, avant d’être recueilli par des camions de la Préfecture et conduit dans un centre d’accueil rue de Tolbiac à Paris. De là, le 12 juin, la troupe prend un train pour Brive, avant d’être envoyée dans un nouveau centre d’hébergement à Beaulieu-sur-Dordogne (Corrèze) où elle reçoit un « accueil magnifique ».

Une carte postale de Beaulieu-sur-Dordogne envoyée par les instituteurs en juin 1940 pour rassurer les parents (sous série 2H).

Un mois sans nouvelles des enfants

Le 14 juin, alors que les premières colonnes allemandes traversent Pierrefitte pour rejoindre Paris, les instituteurs envoient depuis Beaulieu un rapport au Maire… qui n’arrive jamais à destination (la copie de ce rapport est à lire ici). Ni la mairie, ni les familles ne savent où sont les enfants jusqu’au 11 juillet, date de soulagement grâce à l’arrivée des premières lettres de Corrèze. L’armistice est alors signé depuis le 22 juin. La France est occupée. Les Pierrefittois composent ou collaborent avec les nouveaux venus. Les nouvelles des enfants sont bonnes, mais le 14 juillet, le maire se rend en Corrèze pour se rendre compte lui-même des conditions de vie des enfants, et préparer leur rapatriement (lire le rapport du maire en cliquant ici, en n’oubliant pas que Raymond Dirr était membre du Parti populaire français PPF et favorable à la collaboration avec les Allemands).

Retour à Pierrefitte

Les enfants reviennent à Pierrefitte le 29 août 1940, après un an passé entre des collèges de Dreux, le parc et les dépendances d’un château d’Eure-et-Loir, après avoir essuyé des bombes et vécu dans un village de Corrèze tout un été. Les plus âgés ont même passé le certificat d’études à Beaulieu. « Seuls trois ont été recalés » note le secrétaire général de la mairie.

Tous ont encore à affronter 4 années d’occupation allemande…

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À VOIR, À LIRE SUR CETTE PAGE
Plusieurs documents issus des dossiers cotés 4H2 aux archives municipales :

SOURCES

  • Dossiers relatifs à l’éloignement de la population civile et des enfants des écoles en 1939 et 1940 au sein de la sous-série 4H2.
  • Plusieurs affiches précédemment extraites des dossiers et conservées en sous-série 2Fi.
  • La Ville de Pierrefitte et la guerre 1939-1945, un manuscrit rédigé en 1957 par Jean Abily, secrétaire général de la mairie.