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Mai 68 à Pierrefitte

Quand débute la contestation étudiante en 1968, la mobilisation ouvrière et militante a déjà commencé à Pierrefitte et en banlieue nord. L’étincelle venue des universités donne cependant une ampleur inédite au mouvement.

Presque 20 000 habitants et des usines !

Pierrefitte compte alors 19 098 habitants. Deux usines marquent le paysage : ARMCO qui fabrique des tubes en acier et la fabrique de cartonnages Lincrusta-Nuyts. Les ouvriers pierrefittois travaillent également à l’usine Hotchkiss (véhicules civiles et militaires), aux Ateliers électriques pierrefittois (AEP), à la teinturerie Fontanis dans le rue Étienne-Dolet, aux établissements Pantz, rue d’Amiens, ou dans de grandes entreprises voisines comme la Société de construction mécanique de Stains (SCMS). À propos des activités industrielles, Saint-Denis Républicain  écrit que Pierrefitte est « loin d’être un désert même si proportionnellement, l’activité sur ce plan ne revêt pas l’importance de Saint-Denis ».

La « question de l’emploi »

La « question de l’emploi » est alors centrale dans la banlieue nord de Paris. Même si les chiffres paraissent aujourd’hui très faibles, la municipalité de Pierrefitte s’inquiète déjà de secourir 74 chômeurs et estime qu’en réalité « 200 travailleurs sont à la recherche de travail ». Le gouvernement mène une politique de « décentralisation industrielle » et encourage financièrement la délocalisation d’usines vers des régions moins industrialisées. C’est le cas d’ARMCO à Pierrefitte qui annonce le 14 mars 1968 son départ pour la région de Tours dans un délai de deux ans. Ce climat favorise les premiers débrayages et des manifestations « pour le droit au travail » à Saint-Denis le 29 mars et lors du défilé du 1er mai.

La grève générale

Après l’entrée en scène des étudiants, la grève générale intersyndicale du 13 mai rassemble un million de manifestants à Paris, 10 000 à Saint-Denis. Près d’une centaine d’entreprises du secteur sont en grève, mais aussi les services publics.

Dès le 18 mai à Pierrefitte : « pas de train, ni de bus jusqu’à nouvel ordre ». Le matin du lundi 20 mai, ARMCO, Hotchkiss-Brandt, Lincrusta-Nuyts, Fontanis, AEP sont occupées, des chantiers de constructions arrêtés. Les PTT (téléphone, poste), EDF-GDF, la sécurité sociale, les écoles et la mairie sont en grève. Il y aurait alors entre 7 et 10 millions de grévistes en France. Les revendications sont multiples et parfois propres à chaque entreprise, même si elles se concentrent sur les salaires, la durée du travail et les droits syndicaux.

Mobilisation de la « municipalité ouvrière » de Pierrefitte

Déjà mobilisés par le départ annoncé d’ARMCO, les élus tiennent une permanence à la mairie et informent à travers un tract « que toutes les mesures seront prises sur le plan municipal pour aider [les travailleurs] dans leur lutte ». Le 10 juin, la « municipalité ouvrière » fait un bilan de l’aide distribuée : bons de viande et de marchandises, mais aussi « 2300 litres de lait ; 350 poulets ; 4 tonnes et demi de pommes de terre ; 4890 repas dans les usines ; 1630 repas servis aux enfants de grévistes ; 750 casse-croûtes. » Une subvention supplémentaire de 60 000 francs est ainsi votée par le conseil municipal en faveur du bureau d’aide sociale pour les « soutiens exceptionnels aux familles les plus déshéritées des travailleurs en grève ».

Fin de crise

Après les négociations, le travail reprend progressivement. Les avantages obtenus sont importants. L’USP, une entreprise pierrefittoise d’enlèvement d’ordures ménagères, augmente par exemple les salaires de 12,44 %, consent un 13e mois à son personnel, réduit la durée du travail à 40h. Les travailleurs d’Hotchkiss à Pierrefitte et Saint-Denis sont victorieux et reprennent les derniers le travail, le 3 juillet après 47 jours d’occupation.

Parallèlement, le président de Gaulle, déstabilisé, dissout l’assemblée nationale. Localement, les candidats communistes sont facilement élus aux élections législatives de juin 1968, comme Étienne Fajon pour notre circonscription. À l’échelle nationale toutefois, malgré les nouveaux acquis sociaux et l’ébranlement de la société française, la majorité présidentielle gaulliste obtient la majorité absolue, après une campagne « pour la défense de l’ordre ».

 

Pour raconter l’histoire de mai-juin 1968 à Pierrefitte, des ressources sont disponibles aux archives municipales :

  • la collection du journal hebdomadaire communiste Saint-Denis Républicain (1947-1977), qui proposait plusieurs pages sur l’actualité de la ville (PER39 ),
  • les registres des délibérations du conseil municipal (série 1D1) ,
  • un dossier relatif aux grèves de mai-juin 1968 dans en série 1F2  « Grèves, 1914-1973 »,
  • quelques photographies conservées parmi plus de 20 000 tirages ou négatifs des collections municipales.

Vous pouvez également découvrir en ligne le film « Mai 68 à Pierrefitte »  réalisé par la section cinéma des amis de la maison du peuple. Déposé auprès de l’association Ciné-Archives, fonds audiovisuel du PCF et du mouvement ouvrier et démocratique, le film est consultable sur leur site, en cliquant ici .

 

Si vous voulez en savoir plus sur l’histoire de votre quartier ou sur un événement local, vous aussi, vous pouvez faire des recherches à travers les collections municipales.  Prenez un rendez-vous avec le service Archives-Documentation de la mairie au 01 72 09 33 11 ou par email : archives-doc@pierrefitte93.fr