Les animaux dans la Grande Guerre

Des millions de femmes, d’hommes et d’enfants sont morts au cours de la Première Guerre mondiale. À ce désastre, il faut également ajouter des millions d’animaux qui furent utilisés et tués par les nations qui se sont affrontées au cours de ce conflit.

Dans son ouvrage intitulé Bêtes des tranchées, des vécus oubliés, Eric Baratay, professeur d’histoire à l’université de Lyon 3, évoque 11 millions d’équidés (chevaux, mulets et ânes), 100 000 chiens et 200 000 pigeons mobilisés. Ces animaux étaient utilisés comme nourriture, combattants, sauveteurs ou encore informateurs. Les rats, les poux, les puces et mêmes les mouches ont également fait partie du quotidien des soldats dans les tranchées. D’autres animaux plus insolites, tels que les éléphants ou les dauphins, ont servi de soutien logistique durant cette guerre.

À Pierrefitte-sur-Seine, les archives retracent une partie de cette histoire méconnue.

Un pigeonnier en briques à Pierrefitte (1900-1930).

Des dizaines de chevaux appartenant le plus souvent à des maraîchers, des cultivateurs ou des commerçants ont été réquisitionnés par le ministère de la Guerre pour servir au combat, être utilisés comme chevaux de trait ou pour l’alimentation des soldats.

Les pigeons ont également fait l’objet de nombreuses réquisitions demandées par la Préfecture pour servir l’effort de guerre et permettre à l’armée de communiquer. Appartenant à des ouvriers de la commune (maçon, couvreur, etc.), ces pigeons-voyageurs étaient déjà, bien avant la guerre, élevés et entraînés par les colombophiles pour participer à des concours à travers tout le pays. Une association regroupant ces passionnés existait alors à Pierrefitte : “La Poste ailée”. Ce sont ainsi près de 169 pigeons d’élevage qui ont été recensés par les bureaux de la municipalité en 1916. Ces oiseaux étaient utilisés par les soldats pour communiquer dans les tranchées, la téléphonie ne fonctionnant pas toujours. Enfin, de façon plus anecdotique, ils pouvaient aussi être équipés de petits appareils photos et rapporter des clichés précieux en tant de guerre.

Victimes collatérales de ce conflit, ces animaux mourraient souvent sur le champ de bataille ou bien de froid ou de faim. Après les réquisitions, les propriétaires étaient normalement indemnisés par le Ministère de la Guerre, mais les procédures étaient longues et les montants perçus souvent très faibles au regard du prix réel de chaque animal et de l’attachement qui pouvait unir ces bêtes à leurs maîtres.